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Tenerife, l'île dont l'on ne revient pas tout à fait pareil

Tenerife, l'île dont l'on ne revient pas tout à fait pareil

À quatre heures de Paris, il existe une île volcanique, verte, silencieuse, traversée par des routes qui serpentent entre des villages de pierre et des forêts primaires. Une île dont l'on ne soupçonne pas toujours la beauté, et dont l'on ne revient jamais tout à fait indemne.


 

Le nord de Tenerife ressemble à nulle part ailleurs. Les routes s'enroulent entre des villages de pierre noire, des lauriers centenaires et des vignes accrochées à des terrasses volcaniques. L'air est doux, l'architecture est coloniale, et les gens vivent ici depuis des siècles avec une tranquillité que l'on envie immédiatement. L'on arrive depuis Paris en moins de quatre heures, et l'on a l'impression d'avoir atterri dans un endroit que le reste du monde n'a pas encore découvert.


La Laguna, la ville qu'on ne s'attendait pas à trouver

San Cristóbal de La Laguna est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, et l'on comprend immédiatement pourquoi. Ses rues coloniales dégagent quelque chose qui rappelle Salamanque : les façades ocre et blanches, les porches profonds, les cours intérieures que l'on devine derrière les portes entrebâillées. La Laguna était la première capitale de l'île (elle a servi d'exemple pour la construction de villes comme La Havane, Lima ou Carthagène des Indes..) , et elle en a gardé toute la dignité. L'on s'y promène lentement, l'on pousse la porte des iglesias, l'on s'arrête dans les bars à tapas du centre historique où les étudiants de l'université mangent des papas arrugadas depuis des générations.


Garachico, le village qui a survécu à tout

Garachico est peut-être le plus beau village de Tenerife, et il a failli ne jamais exister. En 1706, une éruption volcanique a détruit une grande partie du port et enseveli la ville sous la lave. Ce qui s'est passé ensuite est fascinant : la lave refroidie a sculpté dans la roche des piscines naturelles à même le bord de l'océan. On les appelle El Caletón, et elles sont libres d'accès. L'on nage dans des bassins d'eau turquoise cerclés de lave noire, avec la mer qui s'écrase juste à côté. C'est l'une des choses les plus belles que j'aie vues dans cette région du monde.

Le village lui-même vaut plusieurs heures de flânerie : l'église du XVIe siècle, le château San Miguel, les ruelles pavées où les chats dorment sur les murets. Un endroit hors du temps.


La Orotava, la ville aux balcons de bois

À une demi-heure de Garachico, La Orotava est une autre surprise. La ville s'étage sur les hauteurs de la vallée, avec des maisons coloniales dont les balcons en bois sculpté débordent sur les rues pavées. La Casa de los Balcones, construite en 1632, est l'emblème de cette architecture canarienne unique : un patio planté de figuiers, des balcons en bois travaillé qui courent sur toute la façade, et l'impression de pénétrer dans un autre siècle. Les jardins Victoria, aménagés en terrasses avec des fontaines et des plantes tropicales, offrent une vue sur la vallée qui donne envie de ne plus repartir. L'on y déjeune au restaurant Dabeke, une cuisine canarienne revisitée avec beaucoup d'élégance, dans une maison ancienne du centre historique.

La forêt d'Anaga, la plus vieille d'Europe

Le parc rural d'Anaga occupe la pointe nord-est de l'île, et il abrite l'une des forêts laurifères les mieux préservées au monde. Cette forêt de lauriers, fougères et mousses existait déjà bien avant la glaciation. L'on s'y enfonce sur des sentiers qui serpentent entre des arbres centenaires couverts de lichens, dans une humidité et une verdure qui n'ont rien de canaries. C'est déroutant, presque inquiétant, absolument magnifique. L'UNESCO l'a classée réserve de biosphère, et l'on comprend pourquoi au premier regard.


Les vins volcaniques du nord

C'est peut-être la plus grande surprise de Tenerife : l'île produit des vins extraordinaires, et presque personne ne le sait. Les vignes poussent sur des sols volcaniques, à des altitudes et dans des conditions qui n'existent nulle part ailleurs en Europe. Les cépages sont autochtones, les saveurs sont comme nulle part ailleurs, et les domaines valent le détour autant pour les vins que pour les paysages.

Bodegas Monje, à El Sauzal, est une famille de vignerons depuis 1750. La visite guidée propose une dégustation de quatre vins accompagnés de fromages canariens, sur une terrasse avec vue sur l'océan et le Teide. C'est l'un des plus beaux endroits où l'on ait jamais bu un verre de vin. La visite démarre à 34 euros, et elle vaut chaque centime.

Suertes del Marqués, dans la vallée de La Orotava, est une autre histoire. Fondé en 2006 par Jonatan García Lima, le domaine travaille en biodynamie sur des vignes de Listán Negro et Listán Blanco plantées dans la roche volcanique. Ses vins ont été classés parmi les 100 meilleurs au monde par Wine & Spirits. L'on n'en revient pas qu'une île aussi méconnue produise quelque chose d'aussi abouti.

Et puis il y a Casa del Vino, à El Sauzal, parfaite pour comprendre pourquoi Tenerife est un petit ovni viticole. Installée dans une ancienne hacienda du XVIIe siècle, cette maison du vin rassemble un musée, un espace de dégustation et une boutique qui permet de découvrir les cinq appellations d'origine de l'île et leurs cépages volcaniques. C'est l'endroit idéal pour commencer avant de partir explorer les bodegas : on y comprend enfin ce qui rend les vins de Tenerife si particuliers — altitude, sols volcaniques, climat et cépages que l'on ne trouve quasiment nulle part ailleurs.


Ce que l'on emporte

Tenerife nord n'est pas une destination de farniente. C'est une destination de curiosité. L'on y vient pour marcher dans une forêt primaire, pour nager dans des piscines de lave, pour comprendre ce que le sol volcanique fait à un vin. L'on y trouve des villages dont l'architecture donne l'impression d'avoir voyagé jusqu'en Amérique du Sud sans quitter l'Europe.

Et l'on repart avec le sentiment d'avoir trouvé un paradis que tout le monde devrait connaître.


Vol direct depuis Paris, environ 4 heures. Meilleure période : de mars à juin et de septembre à novembre

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